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Art tembé

Description de l’œuvre

Œuvre abstraite symbolique.

Cette composition à l’aspect géométrique est un Tembé. Il s’agit d’une expression artistique réalisée sous forme de peinture ou de sculpture par des artistes autodidactes des peuples ( Djuka, Saramaka, Aluku…) de la vallée du fleuve Maroni situé à la frontière du Surinam et de la Guyane française

C’est une œuvre complexe et riche qui donne au premier coup d’œil une impression de symétrie. On observe que ce n’est pas le cas. En effet de part et d’autre du motif central un jeu de formes se détachent du fond noir. Les couleurs employées sont celles que l’on retrouve habituellement à savoir des couleurs primaires (rouge / jaune / bleu), secondaires (vert) et neutres (blanc / noir)

L’ensemble du Tembé repose sur une base verte occupée en son milieu par une bande bleue encastrée dans un cadre marron (couleur tertiaire) et blanc avec une pointe triangulaire noire. Les couleurs chaudes et froides animent l’œuvre sur un fond noir ce qui crée un contraste qui les place en avant.

Des bandes savamment orchestrées délimitent des espaces soulignant une composition en triangles concentriques. Courbes et droites s’entrelacent, se superposent, se recoupent pour donner naissance à un enchevêtrement de formes tantôt très géométriques tantôt sinueuses. On peut remarquer que les couleurs sont plutôt disposées dans une symétrie opposée sauf dans l’axe central marqué par une forme oblongue bleue soutenue par un cercle blanc et rouge et deux motifs horizontaux qui s’y accrochent. Deux bandes obliques traversent la figure, l’une étant composée de deux lais bleu et jaune et l’autre de petites représentations abstraites peintes en blanc, jaune, rouge, noir et bleu.

Tout se tient, ce qui donne beaucoup de dynamisme à cette œuvre.

Le compas et la règle ont été nécessaires pour réaliser ce tembé dont l'exécution est particulièrement maitrisée. La peinture est appliquée en aplats de couleur sans nuances

La forme triangulaire du Tembé rappelle la partie triangulaire sous les toits des  habitations bushinengue qui comportaient des motifs de ce genre. On en rencontre encore mais il semble qu’avec l’évolution des mœurs, cette tradition se perd.

Interprétation possible de l’œuvre

D’aucuns disent que les motifs reproduits sont des représentations symboliques sexuelles, totémiques ou ésotériques. Il vaut mieux demander à chaque auteur le sens des formes qu’il emploie, de même que le choix des couleurs.

Symbolique convenue des couleurs avec l’usage de la peinture synthétique, les couleurs naturelles n’ayant pas de signifiant identique.

  • Noir : la matière, la terre
  • Blanc : la femme, la beauté
  • Rouge : le sang, l'homme
  • Jaune ou orange : le soleil, le feu, l'or, la richesse
  • Bleu : la planète, le ciel, l'eau
  • Vert : la nature
  • Gris : la nuit, la pluie
  • Rose : la famille, les enfants

Ces productions artistiques étaient réalisées en priorité sur des supports usuels : portes, pagaies, tabourets, couverts, peignes, plats…Au vu de leur succès, les artistes se sont appropriés un mode d’expression occidentale : le tableau afin de pouvoir écouler plus facilement leurs productions.

 Avant, on trouvait les pigments naturels dans la nature comme les argiles, le charbon ou des pigments végétaux que l’on broyait pour certains dans des mortiers avec des pilons ; le liant était souvent une résine (sève) de plante. Les artistes ont découvert les avantages de la peinture synthétique avec comme diluant le white spirit puis la peinture acrylique plus facile d’emploi, séchant plus rapidement. Aujourd’hui, des tableaux de « style bushinengue » sont produits quasi à la chaîne et vendus dans les magasins de souvenirs de la Guyane. On perd alors la valeur symbolique de l’œuvre au profit de sa vente.