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Art Tembé

Description de l’œuvre

Œuvre abstraite symbolique. Cette composition à l’aspect géométrique est un Tembé. Il s’agit d’une expression artistique réalisée sous forme de peinture ou de sculpture par des artistes autodidactes des peuples ( Djuka, Saramaka, Aluku…) de la vallée du fleuve Maroni situé à la frontière du Surinam et de la Guyane française.

Antoine LAMORAILLE a utilisé de la peinture à l’huile sur toile. Le motif géométrique s’installe à l’intérieur d’un cadre rectangulaire en portrait, plus haut que large.

Les couleurs primaires rouge, jaune et bleu dominent dans ce tembé. Le vert, couleur secondaire, vient ponctuer l’échange de couleurs comme le blanc (couleur neutre). Ces deux couleurs participent à l’animation du tembé alors que l’autre couleur neutre, le noir, vient encadrer, souligner, mettre en valeur les différentes figures composant le tembé. Un cadre marron (couleur tertiaire), jaune et noir entoure l’ensemble.

L’œuvre peut être divisée en plusieurs parties : la partie centrale, elle-même divisée en trois et un cadre composé. La partie centrale est travaillée en symétrie avec pour axe le centre du cercle. Les motifs se répètent en miroir de part et d’autre de ce cercle. Les formes s’entrelacent les unes dans les autres ce qui est une caractéristique de l’art tembé : formes avec des courbes ou des droites comme on peut le constater ici. Ce qui fait la richesse du tembé.

Le cadre est composé tel une frise décorative de deux chaines aux anneaux rouges et bleus placées sur la hauteur, quatre formes vertes dans les angles se prolongeant en cadre de la même couleur et de motifs allongés rouge, noir et bleu placés en haut et en bas du cadre. L’ensemble du cadre est placé sur un fond jaune.

L'œil est attiré par le motif central : il s'agit d'une roue formée d'un cercle de couleur noire avec des points verts, bleus, blancs, rouges en bordure de ce cercle, du rond central jaune partent des rayons en forme d’hélices de même couleur que les points,

Le compas et la règle ont été nécessaires pour réaliser ce tembé dont l'exécution est particulièrement maitrisée. La peinture est appliquée en aplats de couleur sans nuances.

Interprétation possible de l’œuvre

Le motif central donne une impression de tourbillon Selon l’artiste, il s'agirait du symbole des rapides et courants tourbillonnants indiquant le danger de navigation sur le grand fleuve de la vie renvoyant au lieu de réalisation du tembé (sur les bords du fleuve Maroni en Guyane française)

Les formes géométriques en haut et en bas installées dans des rectangles impliquent d’après LAMORAILLE le contrôle de soi et de la prudence; la frise symboliserait la chaine de l'amitié et de la solidarité dans l'épreuve.

L'ensemble du Tembé serait une figure classique illustrant le thème de la vigilance et de la paix du cœur et de l'âme traduit par le précepte suivant :

« Trapu misi yub na nenge koonde. Te i bendi udu da mi mu fele ».

« Tu as su éviter le piège qui a pris tes frères, désormais méfie-toi de l'arbre qui penche... »

La forme rectangulaire du Tembé rappelle celles de portes des  habitations bushinengue qui comportaient des motifs de ce genre. On en rencontre encore mais il semble qu’avec l’évolution des mœurs cette tradition se perd.