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Elukë

Description de l’œuvre

Cette œuvre se compose de deux panneaux carrés de mêmes dimensions qui forment une seule et même composition : c’est un diptyque.

Les tons dominants sont les tons chauds et froids.

Elle est composée de plusieurs plans qui se recoupent ou se superposent :

Un cercle peint en orange dont on ne voit que les trois-quarts se détachent sur un fond d’un bleu soutenu en bas du tableau. Vers le haut, des formes peintes en camaïeu de bleu plus clair semblent s’écarter pour laisser le cercle orange émergé. De grands arcs de cercle peints avec des motifs de couleurs vives (jaune, rouge et bleu vif) traversent les deux panneaux. Une large bande bleu émeraude coupe verticalement toute la composition du panneau de gauche.

Le cercle orange reprend des éléments du ciel de case amérindien : triangles décoratifs, grenouille. S’en échappe Elukë, entité mythique amérindienne, elle a des coloris de rose et rose orangé. Elle a deux têtes et ses pattes sont pourvues de griffes. Sur son corps on retrouve la façon de séquencer les éléments peints par les amérindiens : triangles et lignes peintes ici en blanc.

Les grands arcs aux nuances roses ouvrent une fenêtre sur des formes allongées qui représentent des pirogues ; on en trouve trois pirogues sur le cercle orange et d’autres sont rassemblées au centre de la composition. Leurs couleurs vives se détachent de l’ensemble.

Les fonds de nuances de bleu figurent à tout de rôle le ciel et les eaux du fleuve.

Interprétation

C’est une représentation symbolique d’un conte amérindien.

Inspirée d'un des motifs principaux du "Ciel de case" Wayana-Apalaï - l'être surnaturel Elukë -, cette peinture retrace les dangers de la navigation en pirogue de trois frères partis pour un long voyage. En effet, Elukë, entitée mytique bicéphale est celui qui renverse les pirogues et dévore ses occupants.

Cette toile est tirée de la série "sans retour" qui dépeint la saga de trois frères qui quittèrent leur tribu pour un voyage sans retour. 

Le maluana ou Ciel de Case est une pièce de bois ronde, découpée dans les contreforts d'un arbre de la forêt guyanaise, le fromager (ceiba pentandra).

Rapportée à dos d'hommes au village, la découpe est déposée à l'ombre pour sécher. Lorsqu'elle ne contient plus de sève, elle est taillée au sabre en forme de plateau circulaire. La circonférence est tracée à l'aide d'un compas improvisé avec deux pointes reliées par une ficelle. Les surfaces sont aplanies au rabot. L'une d'elle est noircie au feu, grattée au couteau pour éliminer la pellicule calcinée puis enduite d'apulukum. Des animaux mythiques sont ensuite tracés à la pointe du canif puis mis en peinture. Autrefois, les Amérindiens n'utilisaient que des colorants minéraux et végétaux dont les contrastes étaient peu marqués. Ils emploient maintenant la peinture acrylique du commerce, aux couleurs beaucoup plus vives.

Le ciel de case est ensuite placé juste sous la toiture au centre des carbets circulaires de réunion appelés tukusipan,. Il est percé en son centre d'un trou dans lequel vient passer le poteau central. Le ciel de case est orné de motifs animaliers tirés de la symbolique culturelle Wayana (tortues, tamanoirs, serpents, grenouilles, poissons, chenilles urticantes et molokot - esprit des eaux).

Il sert à éloigner les insectes et les autres animaux indésirables, ainsi que leurs esprits : il symbolise la protection pour tous ceux qui dormiront dessous. Il est aussi utilisé pour apprendre aux enfants les animaux à respecter dans la forêt.