+ d’infosRevoir L’oeuvre

Le lavement des mains de Ponce Pilate

Description de l’œuvre

Dans un décor de palais, un homme habillé d’une grande toge blanche, les mains grossièrement peintes, croisées devant liées par un lien et une couronne d’épines noires sur la tête se tient debout devant un homme assis sur un trône en bois sur une estrade. Il a la tête entourée par un halo blanc. La stature est longiligne. La tête de profil est tournée vers l’homme assis. Les cheveux sont longs et blonds et tombent sur les épaules, la barbe est fine et bien taillée. Le bout du pied droit est apparent sous la logue toge blanche qui frôle le sol.

L’homme assis sur un trône (ou fauteuil) placé sur une estrade (un piédestal de quelques marches) est vêtu  d’une toge d’apparat rouge carmin richement décorée attachée sur l’épaule par une broche jaune. Il a un lien doré autour de la tête. Sous la toge, un vêtement blanc à manches courtes est apparent. Un bracelet jaune enserre l’avant-bras droit et un autre le poignet gauche. Les cheveux gris sont courts. Il se lave les mains dans une coupe jaune tenue par un homme de couleur.

L’homme de couleur porte une tunique courte blanche serré par un lien à la taille. Il soulève la coupe pleine d’eau à hauteur de l’homme assis. Son visage est tourné vers lui.

Des soldats en arme avec cuirasse et épée à la ceinture se tiennent de part et d’autre de l’homme assis. Le personnage de gauche est vêtu à la romaine, coiffé d’un casque, porte une barbe noire et tient devant lui un grand bâton emblème sur lequel on peut lire  en haut bien visible sur une bannière militaire, une inscription, écrite en lettres capitales : « SPQR » : l'emblème de la République Romaine, puis par tradition de l'Empire Romain. Plus encore que tout autre symbole, ces quatre lettres représentaient le pouvoir politique romain.

Le soldat de droite, lui aussi vêtu à la romaine, le visage glabre, tient une lance dans la main gauche, de la droite, il maintient en équilibre devant ses pieds un carquois rempli de flèches. Coiffé d’un casque, il paraît plus jeune que le premier.

Un rideau pendu à une barre clôt l’espace de la scène à gauche.

Dans le fond, entre les colonnes aux chapiteaux sculptés, on aperçoit un paysage formé d’une végétation dense dans laquelle se détachent des bâtiments. Dans le ciel, il y a quelques filets nuageux. 

La palette des couleurs du peintre est dans la même tonalité : des couleurs dégradées de façon quasi systématique sans grand contraste de luminosité. Le vert du rideau est un dégradé du vert de la végétation, idem pour les gris qui s'étalonnent les uns par rapport aux autres sans rupture. Les blancs des vêtements, des colonnes, des édifices du paysage sont juste ombrés pour rendre compte des drapés des tissus ou des reliefs des constructions. Les nuances or, ocre, jaune sont travaillées de la même façon. Les rendus du plissé de la toge rouge s'appliquent à marquer les volumes sans plus. La carnation des personnages est terne. Peu de couleurs sont utilisées, la même pour des objets différents suggérant que l’artiste disposait de peu de choix de couleurs de par le fait qu’il était incarcéré. Il a joué des effets d’ombre et de lumière pour rendre vivante la scène.

LAGRANGE a installé une « fausse » perspective à deux points de fuite : une pour le dallage, le bas de la colonne de droite et une deuxième pour le plafond et le rideau.

La lumière éclairant la scène vient de droite projetant l’ombre des personnages sur le sol et le rideau.

Interprétation

Œuvre d’inspiration religieuse

Nous sommes en présence d’une représentation littérale d’une scène biblique : « le jugement de Jésus devant Ponce Pilate ».

L’homme debout en toge blanche est Jésus. LAGRANGE le place vraiment en avant de la scène pour mieux le mettre en évidence.

La couronne d’épines qui cerne la tête de l’homme debout est l’attribut sacrificiel de Jésus, le halo blanc est l’auréole qui fait de lui le fils de Dieu sur terre et le sanctifie. Il est prisonnier comme le montre ses mains attachées.

Des éléments dans le tableau nous permettent de placer la scène dans un palais romain : les colonnes, les toges et tuniques des personnages, les armures et armes des soldats, le trône.

La végétation rappellerait celle du bord de la Méditerranée avec les palmiers se détachant sur le ciel.

On devine dans le paysage des édifices qui ressembleraient à ceux construits à cette époque : coupoles, colonnades…

Effectivement, Jésus est ici en présence du chevalier romain Ponce Pilate, procurateur de Judée de 26 à 36. Il est mentionné dans les Évangiles pour avoir prononcé la sentence de mort contre Jésus, sur proposition du sanhédrin. LAGRANGE  représente Ponce Pilate comme il est de coutume de le représenter en train de se laver les mains, en signe d'irresponsabilité puisqu’il a laissé à la foule le choix de gracier ou non Jésus.

Dans cette œuvre, LAGRANGE fait preuve d’aucune originalité dans la transcription de ce fait religieux qu’il illustre sommairement. L’ensemble de la composition donne une impression de naïveté, le peu de perspective accentue cet effet.

Il s’agit d’un tableau d’une série de trois faisant partie d’un chemin de croix qui appartenait aux héritiers de la famille de l’Abbé ROUDAUT, dernier aumônier du bagne de Cayenne.