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Madras como mare 2

Description de l’œuvre

Sur un assemblage de 2 tissus madras dont les couleurs s’opposent (contraste), l'artiste a procédé à la sérigraphie d’une photographie montrant un esclave noir tenant les hampes de son collier de torture. Cette sérigraphie se détache du fond, placée sur une coulée de peinture claire. Un texte écrit par la technique du pochoir en police de caractère « Old english text » est inscrit sur la moitié inférieure de l'œuvre.

La plus grande partie de l’œuvre est réalisée sur un madras de deux couleurs (vert kaki et noir).Le bout de madras de couleur différente (vert, rouge, bleu et blanc) rappelle la pointe rapportée qui sert à faire la queue de la coiffe traditionnelle guyanaise nommée «la chatt’ ». On en retrouve le contour suggéré par la forme libre peinte en grisé sur le tissu. Le personnage d’origine africaine est un esclave enclavé par un collier de torture mis aux individus susceptibles de s’évader : les crochets au bout des tiges de métal l’empêchant de se faufiler dans la forêt car s'accrochant aux branches et aux lianes. C’est un homme âgé qui porte sur une tunique à manches longues une pièce de tissu nouée sur l’épaule. Le fait que l'homme soit entièrement couvert laisse à croire qu’il s’agit d’un dignitaire africain réduit en esclavage. L’inscription « slaves » peut nous faire penser à une affiche pour un marché d’esclaves aux Etats-Unis. L’argenté du texte place l’ensemble dans un rapport singulier : la noblesse de l’écriture et l’horreur de l’image tirée d’un document d’archives se télescopant.

La superposition des plans place en perspective le personnage.

Interprétation

Du 16 mai au 06 juin 2003, José Legrand a présenté ses œuvres récentes dans son atelier du lotissement Zunève à Cayenne.

L’exposition s’intitule « Pièce d’Inde » en mémoire de ces rouleaux d’étoffe qui servaient d’échange pour importer des esclaves d’origine africaine en Amérique.

« Depuis plusieurs années, José Legrand utilise la trame du madras comme base de travail. Beaucoup de rouleaux d’étoffes utilisés dans les comptoirs coloniaux venaient de Madras en Inde et on a pris l’habitude de désigner les quadrillages colorés introduits dans les pays des plantations du nom de cette ville. Après avoir mêlé dans ses toiles, durant la décennie précédente, les signes de culture des différentes composantes de la population en Guyane, tout en soulignant le lien commun issu d’une stratégie coloniale, cet artiste s’arrête longuement sur cette forme symbole du monde caraïbe dont la Guyane représente la pointe.

Associées aux « têt maré », ses dernières compositions ponctuées de « Como maré » soulignent le sens très fort de ce verbe créole hérité de la traversée et qui assomme l’imaginaire.  Maré vient du Hollandais « aenmarren » qui a donné le terme de marine amarrer en français au XVème siècle. Ceci au moment précis où l'Europe, à partir d’une épopée sur mer, va se partager le continent américain.

 En créole, « Run jou maré » est une journée où on ne pourra pas faire grand chose, une situation « maré » est une situation bien compromise. « Têt maré » peut être vu sous cet angle. « como »  fait allusion à tous ces mots qui sont passés d’une langue à l’autre sur les embarcations, les ports ou les plantations et à ce processus « qui a donné naissance à un procédé de langage d’une simplicité, d'une élégance et d’une concision qui séduisent le philosophe … » C’est ainsi que Alfred de Saint Quentin parle du créole en 1872.

Les toiles madras font suite à la série « Sous les cocotiers la grisaille » où José Legrand reprend ce végétal qui fait partie d’une vision stéréotypée du monde tropical en l’associant à son approche critique. »

Extrait d’un texte de Dominique BOISROND