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Madras como mare

Description de l’œuvre

Cette toile se compose de sept éléments : quatre quadrillages de couleur et tracés différents, un rectangle noir, un texte  en blanc, quatre taches noires.

Les enchevêtrements des traits de couleur suggèrent les lignes de trame et de chaîne du tissus madras présent depuis la période de l’esclavage dans l’arc caribéen français dont l’extrémité se situe en Guyane française d’où le titre de la série.

L’œuvre est divisée en deux parties principales.

Une partie supérieure qui occupe un tiers de la surface est travaillée dans les coloris chauds de rouge et d’orange avec quelques points bleu turquoise. Au milieu se détache un rectangle peint en noir qui met en contraste le texte écrit en lettres majuscules « MADRAS COMO MARE » en application blanche avec la technique  du pochoir.

Des touches (traces) de goudron sont placées une à gauche et deux à droite du rectangle noir. On note la gestuelle de peintre grâce aux coulées laissées par l’outil employé sur la toile pour y déposer le goudron. 

Trois quadrillages composent la partie inférieure du tableau : ils sont placés de gauche à droite du plus étroit au plus large. Dans la première colonne, des traces allongées allant du vert turquoise au bleu se croisent installant sur la toile un camaïeu de ces deux nuances. Dans la colonne centrale, on retrouve les mêmes coloris que dans la partie supérieure avec une accentuation plus orangée et des traces de peinture plus larges. Le dernier espace peint se couvre d’un mélange de toutes ces nuances ce qui crée des tons plus sombres, atténués, dits rompus. L'artiste a appliqué une pointe de goudron dans l’angle gauche de cette colonne.

On constate une grande expressivité de la touche du peintre qui traduit une application gestuelle de l’artiste dans cette œuvre. 

Interprétation

L’exposition s’intitule « Pièce d’Inde » en mémoire de ces rouleaux d’étoffe qui servaient d’échange pour importer des esclaves d’origine africaine en Amérique.

Les toiles madras font suite à la série « Sous les cocotiers la grisaille » où José Legrand reprend ce végétal qui fait partie d’une vision stéréotypée du monde tropical en l’associant à son approche critique.  

Le mot « maré» vient du hollandais qui veut dire amarrer en français. « Como maré » signifierait en français « comment attacher » dans tous les sens du terme (aliéner, s’approprier…).

En créole « Roune jou maré » est  une journée où il fait bon ne rien entreprendre car tout sera vouer à l’échec.

Le goudron peut rappeler celui qui servait à calfeutrer les planches de bateaux négriers, à badigeonner leur coque pour empêcher la pourriture de s’y installer et à faciliter leur imperméabilité.

C’est une œuvre engagée politiquement qui dénonce le système d’exploitation de l'homme par l’homme.