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Sans espoir

Description de l’œuvre

L’œuvre fait partie d’une série de 12 panneaux représentant des scènes de la vie sur le Fleuve.

Dès le premier regard, on remarque que tradition et modernité se conjuguent sur ce tableau.

Le format et la présentation de l’œuvre ne sont en effet pas communs.

Sur une toile rectangulaire plus longue que large, l’artiste propose une relecture contemporaine d’une scène de vie du fleuve. Le tableau est peint dans les couleurs tonales.

Tradition

(Sur la toile blanche sont disposés des éléments d’expression traditionnelle de haut en bas)

  • deux yeux peints d’un trait sombre se détachent du fond,
  • une moitié de case est située à droite du tableau, elle est faite de planches en bois si on observe les aplats de pinceaux marron dégradé et horizontaux qui en parcourent la façade marron foncé, on devine la porte figurée par un trait brun qui encadre des deux formes noires, le toit est de palmes,
  • devant se tient une silhouette féminine comme le montre la robe blanchâtre aux contours et plis peints en vert turquoise, la couleur de sa peau marron nous laisse supposer qu’elle fait partie d’une famille bushinengue de même que ses cheveux noirs tressés,
  • au premier plan, deux hommes sont assis dans une pirogue de style bushinengue (forme de la proue) grise au fond marron foncé et aux lattes formant les sièges d’un bleu clair, ces deux personnages n’ont pas la même carnation, l’un métis de par la couleur beige de sa peau porte une casquette blanche sur de longues locks marron, il porte un tee-shirt tacheté de bleu et un bermuda bleu cyan ; l’autre de couleur plus sombre appuie l’un de ses pieds sur un objet hors champ, il a des cheveux crépus ébouriffés, une chemise jaunâtre mouchetée de points d’un jaune plus soutenu et un bermuda bleu clair, ils sont tous les deux pieds nus,
  • des symboles sont peints en blanc sur sept bandes tressées dans la toile du tableau (une horizontale et deux verticales arrivant au milieu de la scène), elles sont en madras bleu. Ce sont des lettres de l’alphabet AFAKA (écriture symbolique des Ndjuka, peuple bushinengue de Guyane). On retrouve ces lettres sur quatre autres bandes verticales du même madras en bas de l’œuvre.

Modernité

On constate la contemporanéité de cette œuvre présente dans tout le tableau :

  • les projections de peinture parsèment la surface de l’œuvre. En effet, un dripping bleu peut représenter le ciel, le vert, la végétation et le marron et ocre jaune, la terre,
  • un dripping rouge vermillon ferme par un violent contraste l’œuvre en bas, ses projections couvrant à certains endroits les éléments du tableau tels les deux hommes,
  • des traits de pinceaux brossés en aplat traversent la toile tantôt marron sur les deux tiers ou blanc en bas,
  • des points bleus se superposent aux différents éléments du tableau, ils deviennent comme un motif sur la chemise d’un des personnages, l’artiste a utilisé une grille de peinture tel un pochoir pour réaliser les points d’où leur régularité,
  • l’insert des bandes de madras,
  • les lettres AFAKA blanches se détachent de nouveau en contraste sur le dripping marron et ocre jaune,
  • la suspension de la toile : une pièce de bois couleur sienne brulée aux bouts taillés en pointe maintient la toile en haut, une deuxième d’un bois plus clair coupée bord à bord avec la toile la tend en bas,
  • les scènes de vie sont mises au premier plan en bas et en arrière-plan en haut par l’encadrement des bandes en madras et des points bleus.

Interprétation possible de l’œuvre

La lecture de cette œuvre peut se faire de trois manières :

  • une lecture plastique, voir décorative en se focalisant sur l'harmonie des teintes et les contrastes, sur les éléments figuratifs et géométriques,
  • un enseignement initiatique en comprenant le sens caché des lettres AFAKA.
  • un déchiffrement ésotérique voire mystérieux en reliant les différents éléments, personnages et écriture AFAKA. La présence des yeux (des esprits) en haut à gauche intriguent le spectateur. Peu visibles et pourtant essentiels, ils sont sans doute la clef qui explique l'ensemble de la composition. Il y a toujours un ou plusieurs esprits qui veillent sur nous (esprit de la forêt, de la rivière, les défunts...). Esprit surplombant l'ensemble des scènes, fixant le spectateur, présence énigmatique veillant à la sérénité qui se dégage des scènes de vie quotidienne.

L'occupation de l'espace a été particulièrement travaillée ce qui rend la composition heureuse et séduisante.

Un calme profond s'en dégage illustrant les scènes paisibles de la vie quotidienne sur les bords du fleuve Maroni en Guyane française.

Pourtant, le titre de l’œuvre « Sans espoir » et le sens de l’écriture AFAKA qui évoque les messages d’une mère demandant aux esprits de veiller sur ses enfants loin d’elle laisse transparaître une nostalgique souffrance quant au possible avenir des jeunes qui ne se trouve que dans le départ.

Le plasticien Lobie COGNAC est membre de l'Académie AFAKA et a été initié à cet alphabet. Son message est ici multidimensionnel. Cet alphabet AFAKA est composé de 56 symboles retranscrivant chacun une syllabe prononcée.